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Chapitre 1 Blue Sky Of Death

  Le vent me répond. Enfin non, le vent ne me répond pas. Il souffle, c’est tout.

  Je reste planté là, dans une clairière immense, verte à s’en faire mal aux yeux. Le soleil est au zénith. à l’horizon, une cha?ne de montagnes enneigées découpe le ciel. Il fait doux. Pas un oiseau pas un insecte, pas le moindre bruit de forêt. C’est comme une map chargée, mais pas peuplée. L’herbe est trop verte, le ciel trop clair, l’air trop doux. J’ai presque envie de croire que je suis tombé dans un monde “classique”.

  Je baisse les yeux sur moi. Long pardessus bleu, laine rêche. Pantalon beige. Boots montantes, genre rangers qui veulent faire sérieuses. Ok. Le système a choisi l’option aventurier pauvre mais propre.

  Bon. J’imagine qu’il n’y a pas de tuto.

  Pas grave. J’ai poncé des playtests, des alphas, des trucs pas finis qui crashent quand tu ouvres un menu. Je devrais survivre.

  J’essaie de faire appara?tre quelque chose.

  ? Statistiques. ? ? Menu. ? ? Inventaire. ?

  Je le dis à voix haute. Je le pense. Je fais même le petit geste de main, comme un VR kid qui croit que la réalité a un bouton.

  Rien.

  Je tente un scroll imaginaire. Nada.

  Je soupire, je me tiens les hanches et je lève les yeux au ciel.

  …

  ? Sans déconner. ?

  Toutes les fenêtres sont là, éparpillées au-dessus de moi, comme une constellation de pop-ups. Menu, stats, inventaire, tout. Dans le ciel. Littéralement.

  Je ricane.

  Ok donc la disposition des fenêtres est décalée de quatre-vingt-dix degrés.

  Donc si je veux consulter quoi que ce soit en public, je vais devoir regarder le ciel comme un illuminé en pleine prière. Super.

  Je prends une grande inspiration. J’essaie de sentir le monde autour de moi. L’air. La terre. Un truc. N’importe quoi.

  Puis je me couche dans l’herbe. Dos au sol, yeux au ciel, comme si je materais un film à la belle étoile.

  Je fixe les fenêtres au-dessus de moi.

  ?a peut être génial, en vrai. Tranquille, feu de camp, ambiance.

  This book was originally published on Royal Road. Check it out there for the real experience.

  Ou ?a peut être l’enfer. Choisir un item en situation critique pendant que je fixe le ciel comme un pigeon. Et oui, il y aura des combats. Je le sens. C’est toujours comme ?a.

  Je teste un mouvement du doigt.

  Les fenêtres glissent. Je peux les déplacer, les aligner, les ouvrir, les fermer par la pensée. L’échelle est impressionnante. J’ai l’impression d’avoir un écran de cinéma collé à la stratosphère.

  Je plisse les yeux.

  C’est là que je comprends un détail : le soleil est au zénith, moi je suis couché, et mes menus sont littéralement collés au ciel.

  Donc j’ai l’équivalent d’un écran géant. Sans anti-reflet.

  Un rayon me tombe pile dessus et tout devient blanc. Pas le simple reflet à travers un rideau. Le blanc flashbang.

  Je roule sur le c?té comme un ver de terre, en essayant de garder les fenêtres dans mon champ de vision.

  ?a marche.

  Deux secondes.

  Puis le soleil bouge. Ou c’est moi. Ou c’est le monde qui me juge.

  Je grogne et je me redresse. Et là, évidemment, l’affichage redevient lisible.

  Super.

  Conclusion : pour lire mes menus, il va falloir que je fasse du yoga. En public.

  En haut à gauche, un label clignote, presque fier : APA.

  Je focalise.

  Menu. Statistiques. Inventaire, verrouillé. Skills, verrouillé. Magie, verrouillé. Artisanat, verrouillé. Puis trois entrées avec des points d’interrogation.

  Rien de dispo, et trois trucs inconnus. Au moins, ?a m’occupe.

  J’ouvre les stats.

  Nom : Murphy. Ok, ?a c’est moi.

  Niveau : ??? ?a bug ou je suis un boss final ?

  Profession : Sans emploi. Ha bah super.

  Titre : Aucun.

  Réputation : Neutre. ?a, c’est presque insultant.

  PV : 666. Bruh...

  PM : 404. Ok ?a devient un mème. On se calme.

  Caractéristiques.

  Force : 2. Dextérité : 4. Vitalité : 66. Intelligence : 400. Esprit : 4.

  Ok donc build mage. Je souris malgré moi. J’ai toujours rêvé de magie.

  Mais la répartition me fait tiquer. La vitalité est haute, l’intelligence est absurde, et la force ressemble à une erreur de frappe.

  Je fais deux calculs dans ma tête et j’abandonne aussit?t. De toute fa?on, je verrai ?a quand je prendrai un niveau. Si je peux prendre un niveau. Parce que le niveau est littéralement ? ??? ?.

  Et puis, si je suis honnête, j’ai demandé trop.

  J’ai demandé tout.

  J’ai abusé.

  Je fixe le logo APA. Je tente un double clic mental.

  Les fenêtres vacillent.

  Puis l’affichage clignote, comme un néon en fin de vie.

  Un bourdonnement me traverse le crane, et une voix distordue envahit mes pensées, comme si quelqu’un parlait depuis un tourne-disque cassé.

  ? ZZZZZZ UNITéZZ MVRPHY, NOUS ESZZZPERONS QUE CZZE MESSZZAGE VOUS PARVI... LE TRANZZFERT ZZ RENCONTZZ SITUAZZZ INCONNUE. VOTREZZZ DOZZZIER ZZST FILE ZZZTENTE. ETA ZZZ. VOUS AVEZ REZZZU ZZZ AIDE PROVIZZZ ZCODE APA. LA ZZOCIETE NZ ZZZ ETREZZZ ZZTENU REZZZ...SABLEZZ DZZ PROZZZZ OCCAZZZZZZZ... ?

  Le bourdonnement s’arrête net.

  Les fenêtres clignotent encore une seconde, puis redeviennent propres.

  Je reprends mes esprits.

  Donc, si je traduis le charabia : transfert foiré, dossier en file d’attente, durée estimée : va te faire voir. Et on m’a collé une aide provisoire estampillée APA, avec une belle clause ? on n’est responsables de rien ?.

  Magnifique.

  Je souffle.

  ? APA ? ?

  Un grésillement.

  ? Z-z-z… ?

  La voix se stabilise, un peu. Elle reste saturée, comme si elle parlait à travers une bo?te de conserve.

  ? B-b-bonjour Murphy. Je suis AP-PA. Ton nouvel assistant personnel a-adoré ! ?

  Je cligne des yeux.

  ? L’assistant de personnalisation des ames, c’était plus classe. ?

  ? Précepte non disponible pour le m-moment. ?

  ? Bien s?r. ?

  Je fixe le ciel, les fenêtres, la clairière, le monde entier, et j’essaie de ne pas rire trop fort.

  Ok.

  Qu’est-ce que tu peux me dire, APA ? Tu as un mode tutoriel ? Des infos sur ton utilité, ton utilisation, ou même une seule phrase qui ressemble à de l’aide ?

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