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Prologue

  RESPAWN

  PROLOGUE

  ? Publique Avertie ?

  ? N'aie pas peur de tout recommencer. Ta nouvelle histoire pourrait être la meilleure. ?

  Les murs de l'immeuble vibraient doucement sous les gémissements. Dans l'appartement du troisième étage, une femme et un homme s'abandonnaient à leurs désirs. L'homme, grand et musclé, guidait chaque mouvement avec une aisance tranquille, presque mécanique, tandis que la femme s'accrochait à lui, haletante. La lumière des lampes tamisées glissait sur leurs corps, soulignant chaque muscle, chaque courbe, chaque frisson.

  La femme se mordit la lèvre, légèrement inquiète.

  ? Tu crois que… ton coloc va rien entendre ? ?

  L'homme lui lan?a un sourire assuré, à moitié amusé, à moitié joueur.

  ? T'inquiète pas. Il n'entendra rien. Entre nous, il est trop occupé à jouer à ses jeux vidéo pour remarquer quoi que ce soit. ?

  Elle éclata d'un petit rire nerveux.

  ? Sérieusement ? Même pas un petit gémissement… ?

  Il haussa les épaules, détendu, comme si le monde autour de lui n'existait pas.

  ? Pas un bruit. Si tu veux, je parie qu'il est là, les yeux collés à l'écran, à essayer de finir sa partie… complètement déconnecté de tout ce qui se passe ici. ?

  Le rire de la femme s'amplifia, mêlé à des halètements et des soupirs. Le rythme dans la chambre devint plus sauvage — chaque geste de l'homme parfaitement ma?trisé, chaque mouvement calculé pour accentuer le plaisir. Les draps froissés, le parfum sucré de la pièce, le bruit des corps : tout créait une atmosphère presque hypnotique.

  Dehors, la nuit continuait.

  De l'autre c?té du mur, Isaac était assis sur le bord de son lit, immobile. Les sons traversaient la cloison avec une précision cruelle — le rire étouffé de la femme, la voix basse de l'homme, puis le silence chargé, et à nouveau les gémissements, plus intenses cette fois, montant par paliers dans le silence de l'immeuble endormi.

  Isaac ne bougea pas.

  Pas de curiosité. Pas de désir. Juste ce vide familier, cette absence creuse dans la poitrine qui ne le quittait jamais. Les sons qui traversaient les murs n'étaient pas une provocation ; ils étaient pires. Un rappel constant, impitoyable, de tout ce qu'il n'avait jamais su atteindre. La chaleur. Le contact. Une voix qui prononce ton prénom dans le noir sans que ce soit une insulte.

  ? Encore une journée. ?

  Il détourna le regard vers son bureau. L'écran d'ordinateur projetait une lumière blafarde sur le chaos environnant : vêtements froissés, cables pendants comme des lianes mortes, canettes vides alignées sans raison. Chaque objet racontait la même histoire. Quelqu'un vivait ici, mais n'habitait nulle part.

  ? Un de plus. ?

  Les sons continuèrent. Il entendit Léa — un prénom qu'il connaissait depuis deux ans sans jamais avoir eu de vraie conversation avec elle ; son fantasme silencieux, celui qui soulageait ses moments de solitude en ne convoquant que son visage. Il l'entendait maintenant mieux qu'il ne l'avait jamais entendue parler.

  Il ferma les yeux.

  L'image arriva sans qu'il l'invite — une fraction de seconde, pas davantage. Lui, à la place de cet homme. S?r de ses gestes. Désiré. Présent dans son propre corps au lieu de flotter à quelques centimètres au-dessus. La vision lui br?la les doigts et il la chassa aussit?t, comme on écrase une braise. Ce genre de pensée ne menait nulle part. Il le savait depuis longtemps.

  Il rouvrit les yeux. Attrapa sa souris. Relan?a la même vidéo qu'il regardait depuis trois semaines.

  De l'autre c?té du mur, la femme avait pris l'initiative de retourner son homme sur le dos, guidant le rythme tout en étouffant ses gémissements derrière ses doigts. Elle prenait le dessus.

  ? Un de trop. ?

  ---

  Isaac se réveilla en sursaut à 3h17 du matin. Son c?ur battait trop vite, la nuque moite, la bouche sèche. La chambre était silencieuse à présent — les voisins dormaient enfin. Il se leva, pieds nus sur le parquet froid, et traversa le couloir sans allumer la lumière. Il connaissait chaque craquement, chaque angle dans l'obscurité. Cette chambre était sa prison depuis deux ans. Il en connaissait chaque centimètre par c?ur.

  La porte de sa colocataire était entrouverte.

  Il ne voulut pas regarder. Il regarda quand même.

  Les draps étaient froissés, emmêlés autour des deux silhouettes endormies. L'air de la pièce portait encore ce parfum sucré et lourd qui lui serra la gorge. Un préservatif oublié tra?nait sur le sol — vestige silencieux.

  Isaac tourna le dos et entra dans la salle de bain. Le néon clignota deux fois avant de se stabiliser. Il évita son reflet une seconde, puis s'y for?a, comme une punition qu'il s'infligeait par habitude.

  Ce qu'il vit ne le surprit pas. ?a ne le surprenait plus.

  Grand — trop grand. Le genre de hauteur qui aurait pu en imposer à quelqu'un d'autre, mais qui sur lui ressemblait à une erreur de proportions. Un mètre quatre-vingt-cinq de maigreur mal répartie, épaules étroites légèrement vo?tées, comme si son corps avait passé des années à essayer de prendre moins de place. Son tee-shirt — le même depuis trois jours — pendait sur sa cage thoracique sans relief.

  Son visage était long, anguleux, pale à force d'isolement. Les cernes sous ses yeux avaient la profondeur d'ecchymoses anciennes — violacés, creusés, permanents. Lèvres gercées, fendillées. Joues creuses. Ses cheveux bruns, mi-longs, retombaient en mèches irrégulières sur son front, gras et collés par endroits. Il les repoussa machinalement d'une main. Ils retombèrent exactement comme avant.

  Son regard glissa sur ses poignets. Les cicatrices blanches étaient là, indélébiles.

  Il détourna les yeux et ouvrit la bouche de ventilation au-dessus de l'évier. Geste mécanique. Ses doigts cherchèrent le sachet dans l'obscurité du conduit. Rien.

  La panique arriva comme une main glacée se refermant sur sa gorge. Sa respiration s'accéléra. Ses mains tremblèrent sur le bord de l'évier.

  ? Non. Non, non, non… Il m'en restait. J'en avais encore. ?

  Les flashbacks surgirent.

  Les toilettes du lycée. L'odeur de désinfectant bon marché. Un gamin plus agé, sourire calculateur, un petit sachet transparent.

  Stolen from its original source, this story is not meant to be on Amazon; report any sightings.

  ? Essaie. ?a va te faire oublier… juste un peu. ?

  Il avait hésité. Le vide était trop lourd. Il avait accepté. La chaleur artificielle. Le sentiment que le monde s'éloignait à bonne distance. Que les humiliations, les regards, les mots — tout restait derrière une paroi de verre.

  Quand l'effet passa, le vide était revenu. Doublé.

  Isaac, debout devant le lavabo, mains crispées sur la porcelaine froide. Ses yeux lui renvoyaient quelque chose qu'il ne voulait pas voir. Pas du désespoir. Pas de tristesse. Plus plat que ?a. Plus vide.

  Il frappa le lavabo d'un coup de poing. Le bruit résonna.

  ? Pourquoi je suis comme ?a… ?

  Pas une question. Une constatation. Usée à force d'être répétée.

  Il s'effondra lentement contre le mur, genoux remontés contre la poitrine. La lumière du néon clignotait faiblement. Il resta là longtemps, écoutant sa propre respiration, jusqu'à ce que les tremblements s'atténuent un peu — sans jamais dispara?tre tout à fait. Le sachet vide était toujours dans sa main.

  ---

  Le lendemain matin, le lycée était gris.

  Il l'était toujours, mais certains jours Isaac le voyait vraiment — les néons blafards, l'odeur de peinture et de plastique chaud, les visages fermés dans les couloirs. Il s'assit à sa table de graphisme et posa son stylo sur la feuille blanche. Rien ne vint. Les formes qu'il esquissait étaient mécaniques, déconnectées. Sa main bougeait. Son esprit, lui, était ailleurs — accroché à cette absence dans le conduit de ventilation, à ce vide dans sa paume.

  Quand la cloche sonna la pause, il se leva avant tout le monde.

  Il le trouva facilement. Près du batiment B, détendu, souriant — cette fa?on d'occuper l'espace que certains avaient naturellement et qu'Isaac n'avait jamais comprise.

  ? Salut… ?

  Sa voix tremblait légèrement. Il l'entendit lui-même et en eut honte.

  Le camarade le regarda. Quelque chose passa dans son regard — de la nostalgie, peut-être. Puis de la fermeté.

  ? J'ai arrêté, Isaac. Plus de poudre. J'ai quelqu'un dans ma vie maintenant. ?

  Isaac sentit le sol se dérober légèrement sous lui.

  ? Mais… j'ai besoin… ? Il s'entendit balbutier et détesta chaque syllabe. ? Tu comprends pas. J'en ai vraiment besoin. ?

  ? Non. ? Le camarade secoua la tête, calme mais définitif. ? C'est fini. Trouve autre chose pour compenser. Une relation, un truc qui te tient. N'importe quoi. ?

  Puis il s'éloigna.

  Isaac resta planté là, les mains dans les poches, regardant une silhouette dispara?tre dans la cour bondée. Autour de lui, des groupes riaient, quelqu'un lan?ait une balle contre un mur, une fille chantonnait dans ses écouteurs. Le monde continuait de tourner avec une indifférence absolue.

  Le go?t métallique arriva en premier. Puis la nausée. Puis les jambes qui fléchissaient.

  Il marcha vite vers les toilettes. Chaque pas pesait une tonne.

  Il se pencha au-dessus du lavabo et vomit, les mains agrippées à la porcelaine, les genoux tremblants, le souffle saccadé. Le manque — pas seulement chimique, pas seulement dans le corps, mais partout, dans chaque nerf, chaque pensée — s'était réveillé d'un coup, brutal et total.

  Quand il se redressa, il vit son reflet.

  Les mots du camarade résonnaient encore.

  ? Trouve quelque chose pour compenser. Une relation. ?

  Un rire amer faillit lui échapper.

  Il se rappela son visage à elle. Le seul visage qui lui avait plu — vraiment plu, pas juste pour fuir la solitude. Elle était sortie avec quelqu'un d'autre. Bien s?r. Quelqu'un de plus confiant, de plus présent. Isaac avait été un figurant dans sa propre histoire d'amour imaginaire.

  Il porta ses doigts à sa bouche et se mordit, fort. La douleur était précise, concrète, réelle — ?a au moins, il pouvait le contr?ler. Le go?t du sang se mêla à l'amertume du vomi et il resta là, dos au mur, à glisser lentement vers le sol des toilettes du lycée.

  ? Pourquoi je peux pas juste… dispara?tre. ?

  ---

  Le pont surplombait la ville comme une colonne vertébrale rouillée.

  Isaac ne se souvenait pas vraiment du chemin. Il était là, c'est tout. Pieds nus — il avait perdu ses chaussures quelque part, ou peut-être les avait-il ?tées sans s'en rendre compte. La pluie fine tombait en biais, collant ses cheveux sur son front, s'infiltrant sous son col. Le métal de la rambarde était glacial sous ses paumes.

  En bas, la rivière était noire.

  Il ne pensait à rien. C'était presque agréable, cette absence. Les klaxons, les sirènes au loin, le bruissement de la pluie — tout cela existait à une distance étrange, comme derrière une vitre épaisse.

  ? Peut-être que je suis le problème. ?

  La pensée arriva doucement, sans violence.

  ? Peut-être que je suis difficile à aimer. Peut-être que je suis trop émotif. Peut-être que je suis une mauvaise personne. Peut-être… ?

  Les peut-être défilaient, usés, familiers. Il les connaissait tous. Il les avait retournés dans tous les sens pendant des années sans jamais trouver de réponse satisfaisante. Ce soir, ils ne faisaient plus mal. Ils constataient, simplement.

  Son dernier souvenir net de sa mère — un sourire fragile dans un lit d'h?pital, la main légère sur sa joue.

  ? J'arrive, maman. ?

  Un murmure. Presque une prière.

  Son pied quitta le sol.

  ---

  Il n'y eut pas de cri.

  Le vent. La chute. Puis — rien.

  Pas le bruit de l'impact. Pas la douleur attendue. Juste le silence, dense et total, qui s'installa comme une eau noire autour de lui. Isaac flottait dans un espace sans bords, sans haut ni bas. Son corps n'avait plus de poids. Sa tête n'avait plus de bruit.

  C'est calme.

  La pensée traversa son esprit et il s'y accrocha, surpris. Pour la première fois depuis des années, il n'y avait rien à fuir. Rien à éviter. Le vide n'était plus une douleur — c'était juste le silence. Absolu. Propre.

  Les souvenirs défilèrent sans le blesser. Les humiliations, les nuits solitaires, l'écran blafard. Les cicatrices sur ses poignets. Le sachet vide. Tout cela existait, mais à distance infinie, comme les souvenirs d'une autre personne.

  C'est donc ?a.

  Il tendit la main vers rien du tout.

  Une lumière pale apparut au loin — une fissure dans le noir, vacillante, presque timide. Isaac ne réfléchit pas. Il la traversa.

  ---

  ※ Jugement ※

  L'impact fut sourd, sans douleur.

  Isaac cligna des yeux. Le néant avait cédé la place à autre chose — une salle immense aux proportions impossibles, éclairée d'une lumière verdatre et froide. Le sol était du métal. L'air sentait le circuit imprimé et quelque chose de plus organique, plus chaud. Difficile à nommer.

  Des corps suspendus occupaient l'espace autour de lui. Des humains, ou ce qui en restait — certains dans des cocons opalescents à demi refermés, d'autres nus et reliés à des cables fins comme des fils de soie. Immobiles. Pas morts — il sentait confusément leur présence, comme une vibration basse et continue.

  Où est-ce que je suis.

  Pas une question. Une constatation déposée dans le vide.

  Une voix résonna derrière lui — rauque, tra?nante, chaque syllabe portée par un écho impossible.

  ? Ah. Te voilà enfin réveillé. ?

  Isaac se retourna lentement.

  Le vieil homme n'avait pas d'yeux. à la place, deux cavités sombres d'où filtrait une lumière blanche et froide, régulière — comme deux veilleuses enchassées dans un visage de parchemin. Sa peau était translucide, parcourue de veines bleutées. Derrière ses épaules, quatre bras de bois articulés s'ouvraient et se refermaient lentement, sans bruit, dans un mouvement presque respiratoire.

  Isaac ne recula pas. Il avait peur — son c?ur battait vite, ses mains tremblaient légèrement — mais quelque chose dans l'atmosphère de cette salle anesthésiait la panique brute.

  ? Tu ressembles comme deux gouttes d'eau à ton corps d'origine, ? poursuivit le vieil homme. ? Le transfert s'est déroulé sans anomalie. ?

  ? Transfert. ? Isaac entendit le mot sortir de sa propre bouche. ? Où est-ce que je suis ? ?

  ? Tu n'es plus parmi les vivants. ? La voix était factuelle, sans cruauté. ? Mais tu n'as pas encore été jugé digne du repos. ?

  Ses bras de bois désignèrent les corps suspendus.

  ? Ils étaient comme toi. Ils attendent toujours. ?

  Isaac les regarda vraiment pour la première fois. Figés. En suspens entre deux états. Il comprit sans qu'on le lui explique ce que représentait cette salle.

  Une antichambre.

  Derrière eux, une porte massive grinca. Une autre silhouette approchait dans le couloir éclairé en vert — floue, lointaine.

  ? Une autre ame arrive, ? dit le vieil homme en se retournant. ? Je dois te laisser. Souviens-toi d'une chose. ?

  Il s'arrêta sur le seuil.

  ? Ici, le silence n'est qu'une illusion. ?

  La porte se referma.

  ---

  CLAC.

  Isaac cligna des yeux.

  La salle avait disparu. à la place — un espace sans dimension claire, sol noir et lisse comme du verre, éclairé par un projecteur unique qui l'aveuglait. Des cha?nes noires l'encerclaient, clouées au sol, enroulées autour de ses chevilles et de ses poignets. Il tira dessus par réflexe. La douleur dans ses muscles fut immédiate.

  Un rêve. C'est le manque, les hallucinations du manque.

  Il essaya de s'y accrocher. Sans conviction.

  Des pas. Réguliers. Théatraux.

  Une silhouette émergea de la lumière — costume noir impeccable, masque à l'expression figée dans un sourire grotesque de clown. Derrière elle, une brume noire vivante et mouvante semblait absorber la lumière à ses bords.

  La voix qui sortit du masque était profonde, résonante, sans chaleur.

  ? Isaac Moreau. Vous avez mis fin à vos jours aujourd'hui à 16h58. Cause : noyade. Vous vous êtes écarté de votre chemin. ?

  Isaac déglutit. La gorge sèche.

  ? Qu'est-ce que… qu'est-ce qui se passe ? ?

  La silhouette continua, implacable.

  ? Vous étiez promis à un avenir ordinaire mais complet. Communication. Famille. Enfants. ?

  Dans la brume derrière elle, des images apparurent. Floues d'abord, puis nettes — un bureau lumineux, des enfants qui couraient dans un couloir, un d?ner autour d'une table. Une vie banale, concrète, possible.

  La gorge d'Isaac se serra.

  ? Vous avez choisi la solitude, la dépendance. Vous avez corrompu votre ame. Notre divinité n'accepte pas les ames corrompues. ?

  ? Divinité. ? Le mot sortit comme un souffle. ? De quoi vous parlez. ?

  ? Vous allez être envoyé dans le Berceau de la Crasse. ? La voix ne changeait pas de ton. ? Un monde intermédiaire. Si vous voulez trouver le repos, vous devrez purifier votre ame à travers les épreuves qu'il vous soumettra. Réussissez. ?

  Une pause.

  ? Et vous pourrez rejoindre votre mère. ?

  Isaac se figea.

  ? Ma mère. ? Sa voix se brisa légèrement sur les deux syllabes. ? Vous connaissez ma mère ? ?

  Aucune réponse.

  La silhouette s'effa?a dans la brume. Les images de vie s'éteignirent. Les cha?nes cliquetèrent, puis disparurent. Le sol sous les pieds d'Isaac s'ouvrit en silence, révélant un vide abyssal, noir et profond, dont le fond était invisible.

  Il tomba.

  ---

  ※ Berceau de la Crasse ※

  L'atterrissage fut brutal.

  Isaac toucha le sol — du sable noir et fin qui s'infiltrait dans ses paumes. Il resta un moment à quatre pattes, reprenant son souffle. Sa tête tournait. Ses poumons br?laient.

  Quand il se redressa, le paysage l'écrasa.

  Un désert infini s'étendait dans toutes les directions — sable d'obsidienne, dunes mouvantes sous un ciel fissuré. Des éclairs blancs traversaient les nuages sans tonnerre. Des ruines de buildings se dressaient à l'horizon, penchés, brisés, comme des dents cassées dans une machoire ouverte. Le vent soulevait des particules scintillantes — des fragments de quelque chose, impossible à nommer.

  Où.

  Le mot seul. Incomplet.

  Isaac se leva lentement, les jambes encore fragiles. Il n'avait plus peur — l'adrénaline était passée, laissant place à quelque chose de plus terne, de plus fonctionnel. L'instinct de survie, peut-être. Il balaya le désert du regard, cherchant un repère.

  Il entendit la mélodie avant de voir la silhouette.

  Une petite voix chantonnait — légère, étrange, presque mécanique. Une fillette sautillait sur les dunes à une centaine de mètres, robe blanche, cheveux blancs flottant dans le vent sans bruit. Elle se retourna et planta ses yeux — entièrement blancs, sans pupille ni iris — sur l'inconnu qui venait de tomber du ciel.

  Derrière elle, une grande femme se découpa dans la lumière blafarde. Veste noire, cheveux blancs, posture droite. Elle posa une main sur l'épaule de la petite.

  ? Emily. ?

  Emily ne répondit pas. Elle fixait Isaac.

  ? Il est corrompu, ? dit la femme, sans hausser la voix. ? Il devra s'aider lui-même. Partons. ?

  Elle s'éloigna sans attendre. Emily hésita. Ses yeux blancs scrutent Isaac encore un instant — pas avec pitié, pas avec peur. Avec autre chose. Quelque chose comme de la curiosité, ou de la reconnaissance.

  Elle déposa une gourde dans le sable, à portée de sa main. Puis elle courut rejoindre sa s?ur, et les deux silhouettes disparurent derrière les dunes sans un mot de plus.

  Isaac regarda la gourde.

  Il la prit.

  ---

  ※ Les Croix Noires ※

  Il ne sut jamais combien de temps il avait marché.

  Le désert offrait peu de repères, et ses jambes continuèrent mécaniquement, longtemps après que son esprit eut renoncé à comprendre où il allait. La gourde se vida à mi-chemin. Les ruines à l'horizon restèrent à l'horizon — puis finirent par se rapprocher. Il s’évanouit......

  à suivre.....

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